jeudi 5 décembre 2013

Carrie, la vengeance

Après « Maniac » et « Evil Dead », c'est au tour de « Carrie » de passer à la moulinette du remake cette année. La MGM s'en défend pourtant puisqu'elle annonce une réadaptation du roman de Stephen King paru en 1974 plutôt qu'une relecture du film culte de Brian De Palma sorti deux ans plus tard. Le choix de Kimberly Peirce à la mise en scène était prometteur : « Boys Don't Cry », drame multi-récompensé avec Hilary Swank, traitant d'une jeune femme mal dans sa peau et en plein questionnement identitaire, c'était elle. La réalisatrice se posait donc comme une alternative judicieuse pour cerner l'adolescente Carrie, en proie aux affres des changements de l'adolescence. C'est l'actrice Chloë Grace Moretz qui a été retenue pour incarner Carrie White, choix surprenant compte tenu de son jeune âge au moment du tournage (15 pour être précis), mais aussi dans le bon sens du terme, puisque la jeune comédienne possède un CV pour le moins garni (cf ses excellentes prestations dans « Kick-Ass » et « Laisse-moi entrer »). Jodie Foster fut un temps envisagée pour interpréter Margaret, la mère fanatique et dérangée de Carrie, mais c'est finalement sur Julianne Moore, dont le talent n'est plus à prouver, que la production a jeté son dévolu. Tous les éléments semblaient donc réunis pour faire de cette nouvelle version du classique un franc succès.
Synopsis Allociné : Timide et surprotégée par sa mère très pieuse, Carrie est une lycéenne rejetée par ses camarades. Le soir du bal de fin d’année, elle subit une sale blague de trop. Carrie déchaîne alors de terrifiants pouvoirs surnaturels auxquels personne n’échappera…
 
Force est de constater que c'est la désillusion la plus totale qui l'emporte. Aseptisé, fade et insipide … « Carrie » version 21ème siècle cumule hélas toutes les tares qu'Hollywood peut commettre aujourd'hui lorsqu'il s'agit de remakes. La force du film original de Brian De Palma résidait à la fois dans le propos religieux et l'empathie que le spectateur éprouvait pour le personnage de Carrie. Sa douleur, sa peine et ses souffrances parvenaient à être transmises sans obstacle grâce à une mise en scène inventive et au jeu stupéfiant de Sissy Spacek. Avec des actrices en roue libre, le remake 2013 frise malheureusement le ridicule.
 
Convaincantes au départ puis absurdes par la suite, les interprétations de Chloë Moretz et de Julianne Moore déçoivent énormément. Quand la première passe la plupart du film avec une moue forcée et les cheveux impeccablement brushés, la seconde verse dans le grand-guignol le plus saugrenu. Ces incohérences impardonnables dans le traitement empêchent toute forme de dramaturgie ou d'horreur de se mettre en place. On assiste en revanche à un film involontairement comique, calibré teen-movie de bas étage.
La catastrophe n'est pas uniquement imputable à la direction d'acteurs, la réalisation et le scénario ont également leur part de responsabilités dans ce spectacle absurde. Kimberly Peirce shoote son long-métrage sans aucune ambition et se contente de suivre à la virgule près un scénario qui se paie le luxe d'intégrer plusieurs scènes aussi inutiles que grotesques (les essayages de costumes et l'épilogue sur fond de musique moderne...). Toute forme d'émotion ou d'identification est complètement annihilée et c'est dans l'indifférence la plus totale qu'on attend le carnage final.

Des effets spéciaux hideux s'ajoutent à la fête pour un résultat à peine divertissant et toujours aussi avare en idées de mise en scène. Là où Brian De Palma captait parfaitement la catharsis émotionnelle de sa protagoniste, la réalisatrice Kimberly Pierce s'accommode de meurtres filmés platement et agrémentés de ketchup par pur sadisme. Un comportement plus en phase avec notre époque cynique certains diront.
De cette hécatombe, on ne sauvera qu'une poignée de séquences (les légères envolées de grâce en début de projection), ainsi qu'un rythme à peu près soutenu, évitant le piège de l'ennui durable. Cela reste hélas largement insuffisant pour captiver un tant soi peu. Brian De Palma peut dormir sur ses deux oreilles, cette réédition n'arrive absolument pas à la cheville de son modèle.

Bilan : Terriblement convenu et insipide, « Carrie, la vengeance » est à oublier aussitôt vu. Kimberly Peirce rate le coche de l'horreur et laisse tourner sa caméra de manière totalement automatique. Toute la charge émotionnelle de l'histoire originelle s'est évaporée pour laisser place à une mise en scène et des performances d'actrice pathétiques. Sacrilège !
 
Anecdote (source : Allocine.fr) : Âgée de seulement 15 ans lors du tournage de « Carrie, la vengeance », l'actrice principale Chloé Moretz n'a pu travailler que 8 heures par jour en raison de la loi fédérale, empêchant les mineurs de travailler davantage contrairement à d'autres comédiens majeurs qui restaient 14 heures consécutives sur le plateau. Kimberly Pierce a donc dû s'adapter en faisant en sorte que l'équipe de tournage soit déjà prête dès que la jeune interprète arrivait pour filmer le plus rapidement possible.
 
La Bande Annonce de Carrie, la vengeance:
 
 
NOTE: 3/10
 
Article rédigé par Guillaume Seeleuthner

4 commentaires:

  1. Super critique! Je suis entièrement d'accord avec toi (sauf sur la comparaison avec le film de De Palma puisque je ne l'ai pas vu)

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    1. Merci Tanguy pour ton commentaire, je transmets à Guillaume.

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  2. Chroniques d'un garagiste perturbé29 mars 2014 à 15:39

    Tu as fait de grands progrès depuis ton premier blog sur Skyrock, c'est appréciable. Pour le reste, je n'ai toujours pas eu l'occasion de voir ce fameux remake.

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