vendredi 7 février 2014

Dallas Buyers Club

Changement radical de ton et d’ambiance pour Jean-Marc Vallée qui, après « Café de Flore », est parti aux Etats-Unis tourner le biopic dramatique « Dallas Buyers Club », porté par Matthew McConaughey dans la peau de Ron Woodroof, l’un des premier patients atteints du virus du SIDA. Résident de la black-list – qui recense les scénarii américains les plus ambitieux encore sans producteur – pendant de longs mois, « Dallas Buyers Club », qui compte aussi parmi ses rangs le musicien / acteur Jared Leto & la sublime Jennifer Garner, est enfin porté sur grand écran et sort le 29 janvier 2014 sur les écrans français.
Synopsis Allociné : 1986, Dallas, Texas, une histoire vraie. Ron Woodroof a 35 ans, des bottes, un Stetson, c’est un cowboy, un vrai. Sa vie : sexe, drogue et rodéo. Tout bascule, quand diagnostiqué séropositif, il lui reste 30 jours à vivre. Révolté par l’impuissance du corps médical, il recourt à des traitements alternatifs non officiels. Au fil du temps, il rassemble d’autres malades en voie de guérion : le Dallas Buyers Club est né.
En 1985, il ne faisait pas bon vivre de souffrir du SIDA. Sur le plan vital d'une part – on vous donnait trente jours à vivre une fois atteint la phase critique – mais aussi sur le plan médical – certains médecins vous utilisaient comme cobayes à anti-rétrovirus pour enrayer la propagation de l'épidémie – et également niveau relationnel, puisque votre entourage vous considérait d'office comme une « tapette », l'opinion publique pensant encore à l'époque que le virus touchait uniquement les homosexuels. Ron Woodroof, redneck addict aux drogues et au sexe, fut l'une des victimes de ce trépied infernal. Un bouseux pas si bouseux que ça qui, après avoir tenté vainement de se soigner à l'AZT de manière « officielle », se lança dans le marché fructueux de la vente illégale de traitements médicamenteux alternatifs, non approuvés par la FDA (Food and Drug Administration), après en avoir lui-même subi les effets bénéfiques. « Dallas Buyers Club », récit de son histoire vraie, recèle une sorte de mélange intéressant entre « Erin Brockovich » et « Philadelphia ».
Tourné en 25 jours, « Dallas Buyers Club » a connu un véritable development hell avant d’être financé : trois tentatives furent nécessaires avant que le projet démarre pour de bon (le tandem Brad Pitt & Marc Forster dans un premier temps, puis le duo Ryan Gosling / Craig Gillespie avant d'échoir finalement dans les mains des complices Jean-Marc Vallée & Matthew McConaughey). Par ailleurs, les deux interprètes principaux du film, Matthew McConaughey & Jared Leto, ont dû s'astreindre à un régime drastique, ils ont perdu respectivement 22 et 25 kg afin d'incarner Ron Woodroof et Rayon. Aucune remise en question de ces incroyables péripéties lorsqu'on voit le résultat final. « Dallas Buyers Club » est en effet un film très humain, qui s'attache à dépeindre de la plus admirable des manières le parcours d'un homme en lutte contre le lobby pharmaceutique. Sans humour ni pathos, Jean-Marc Vallée livre un biopic politiquement incorrect qui tape judicieusement sur l'autorité médicale et l'administration qui la chapeaute – le spectre de Steven Soderbergh rode tout près (fait amusant d'ailleurs, le réalisateur québécois utilise lui-aussi un pseudonyme pour signer son travail en qualité de monteur). On félicite également le metteur en scène canadien qui assume un parti pris risqué, celui de laisser croire au spectateur que l'on peut se soigner seul face à une maladie chronique réputée incurable.
« Dallas Buyers Club » n'est pas seulement le combat d'un homme contre une industrie destructrice, c'est aussi celui d'un être contre ses propres démons. Ron Woodroof, au départ homophobe toxicomane mal-intentionné, évolue grâce à sa maladie pour trouver la rédemption en devenant une « belle personne ». Un individu prêt à accepter une « tafiole » dans son cercle d'amis, prêt à défier les lois de la science (les prédictions médicales lui donnaient 30 jours à vivre, il en vivra finalement 2527 de plus) grâce à sa rage de vivre. On salue au passage l'économie intelligente de passages tire-larmes, qui n'empêche pourtant jamais l'émotion de poindre, même s'il est vrai que la mise en scène de Vallée manque un peu de mordant et de personnalité pour illustrer les différentes angoisses de Woodroof.

Mais comme dans tout récit labellisé « authentique » porté sur grand écran, la force du film repose surtout sur la performance magistrale des comédiens. Tout d'abord, Matthew McConaughey qui confirme, si l'on en doutait encore depuis ses remarquables prestations dans « Killer Joe », « Magic Mike », « Mud » et « Le Loup de Wall Street », qu'il est l'un des plus grands acteurs américains en activité, si ce n'est LE meilleur (avec bien sûr son ami Leonardo DiCaprio). Émacié, desséché, amaigri, socialement froid, il porte le « Dallas Buyers Club » sur ses épaules avec la même énergie vitale qui a dû animer le vrai Ron Woodroof toutes ces années. À ses côtés, Jared Leto, un autre habitué du yoyo pondéral au cinéma (il avait perdu des kilos pour incarner le junkie de « Requiem for a dream », puis pris du bidou pour les besoins de « Chapitre 27 »), ne démérite pas en queer extravagant et maniéré, mais jamais caricatural. On voit difficilement comment l'Oscar pourrait échapper à ces deux bonhommes. Face à eux, la magnifique Jennifer Garner envoie du répondant et mérite également une attention particulière. L'actrice joue impeccablement sans jamais minauder ou forcer les traits de son personnage de médecin touché par l'histoire de Woodroof.
Bilan : Jean-Marc Vallée, le réalisateur de « C.R.A.Z.Y », s'abandonne à son récit et ses personnages centraux pour délivrer un message contestataire versus les multinationales gourmandes : long-métrage honnête qui vaut énormément au jeu de ses trois interprètes principaux.
Anecdote : À l'origine, c'est Dennis Hopper qui devait réaliser « Dallas Buyers Club » dans les années 90, avec Woody Harrelson dans le rôle de Ron Woodroof. Manque de soutien financier, cette version n'a jamais vu le jour. Aujourd'hui, c'est Matthew McConaughey qui a été engagé comme premier rôle. Mais Matthew McConaughey & Woody Harrelson, vieux amis dans la vie, officient ensemble à la télé dans l'excellente série « True Detective », qui vient tout juste d'être lancée sur la chaîne câblée HBO.

La Bande Annonce de Dallas Buyers Club:


NOTE: 7/10

5 commentaires:

  1. J'ai vraiment aimé ce film. Juste en tout point.Matthew m'a encore une fois bluffée et j'ai adoré Jared Leto que je ne connaissais pas.
    Bravo pour votre blog.
    Le mien: chutleblog.blogspot.fr.
    Audrey

    RépondreSupprimer
  2. Ce film est magnifique j'ai adoré !

    RépondreSupprimer
  3. C’est un très beau film riche en émotions qui démontre la détermination d’un homme qui lutte contre la maladie.

    RépondreSupprimer
  4. Je me rappelle avoir regardé le film avec des amis tous aussi passionnés de cinéma. Nous nous sommes rencontrés grâce au site de sorties amicales Woozgo : http://www.woozgo.fr/

    RépondreSupprimer
  5. Un très bon film, bien qu'imparfait. Les performances extraordinaires des deux acteurs principaux fait de l'ombre au film dans son ensemble, malheureusement. Je me permets de vous diriger vers ma modeste critique : http://thomasnicolon.wordpress.com/2014/01/29/dallas-buyers-club/

    RépondreSupprimer